
Anthropic accuse des acteurs liés à Alibaba d'avoir mené une vaste campagne d'extraction des capacités de Claude. Un différend technique sur l'IA devient ainsi un nouveau point de conflit entre les États-Unis et la Chine.
Selon le Wall Street Journal, qui affirme avoir obtenu une lettre d’Anthropic aux sénateurs américains Tim Scott et Elizabeth Warren datée du 10 juin, l’entreprise a allégué qu’Alibaba et son unité d’IA Qwen avaient mené la plus grande « attaque par distillation » connue à ce jour. Business Standard, citant Bloomberg, a rapporté la même accusation centrale : près de 25 000 comptes frauduleux auraient servi à générer 28,8 millions d’échanges avec Claude.
L'accusation d'Anthropic est explosive, car la distillation peut être légitime lorsqu'une entreprise entraîne des versions plus petites de ses propres modèles. L'abus allégué est différent : utiliser à grande échelle les résultats produits par un laboratoire tiers afin de copier de précieuses capacités de raisonnement, de programmation et d'action autonome, sans supporter l'intégralité des coûts de développement.
L'entreprise n'a pas rendu publique la lettre du 10 juin dans les sources examinées pour cet article. C'est important. Les chiffres et les liens avec Alibaba et Qwen restent des allégations d'Anthropic relayées par de grands médias, et non des conclusions d'un tribunal ou d'une autorité de régulation.
Le conflit plus large est confirmé. En février, Anthropic a averti publiquement que les laboratoires chinois d'IA DeepSeek, Moonshot et MiniMax avaient utilisé, lors de campagnes antérieures, des comptes frauduleux pour plus de 16 millions d'échanges avec Claude. Selon Anthropic, ces efforts visaient la programmation, le raisonnement agentique, l'utilisation d'outils et d'autres capacités particulièrement précieuses.
L'accusation concernant Alibaba augmente les enjeux parce qu'elle vise l'un des plus importants groupes technologiques chinois et non une petite start-up d'IA. Elle intervient aussi à un moment où Washington traite déjà l'IA de pointe comme un actif de sécurité nationale et renforce les restrictions sur l'accès de la Chine aux puces et modèles avancés.
Aucune déclaration détaillée d'Alibaba n'a été trouvée dans les rapports actuellement examinés. Tant qu'il n'y en aura pas, la question centrale reste simple : Anthropic a-t-elle découvert un énorme cas de copie d'IA, ou s'agit-il d'une nouvelle accusation dans une guerre des modèles de plus en plus politique ?

Sources : The Wall Street Journal · Business Standard/Bloomberg · Anthropic

